lehuitiemeblog

Chassez le naturel il revient au canot

Le huitième argument

Même si ce blog était initialement dédié à de l’addictologie loufoque, un tweet de M.Winckler  nous a fait vivement réagir avec @Mlle_Juls. Soucieuse de connaître son avis de futur éventuelle historienne de la philosophie option « blabla »(1), j’ai voulu lui ouvrir mon blog. (Et tant pis pour la maturité). Quand on défend une (juste) cause, elle n’a pas besoin de mauvais argument. Et si je suis certaine que Martin Winckler doit pouvoir aligner sept bons arguments en faveur de la lutte contre la maltraitance médicale, ce huitième argument est aussi inutile que délétère. (2)

Voici mon tweet  :

Pour répondre à @MartinWinckler , en médecin, je ne suis absolument pas d’accord avec ce post dont je trouve l’argumentation particulièrement fallacieuse. Déjà la notion de maltraitance médicale n’est pas définie par le consentement. Il me semble qu’on peut être tout à fait maltraitant avec l’accord (voire sous la pression) du patient. Accepter de réaliser un acte dangereux et inutile pour le patient alors qu’il nous le demande simplement par facilité/appât du gain/ … peut être tout à fait maltraitant. Pour donner un exemple, on pourrait tout à fait trouver que le chirurgien de Mlle Lolo Ferrari a été maltraitant. Je sui maltraitant si je fais passer mon confort de médecin avant l’intérêt du patient. Au contraire il me semble qu’on peut tout à fait soigner sans l’accord du patient. Les psychiatres font ça tous les jours (les monstres) et les urgentistes et réanimateurs font ça régulièrement (horreur). La définition légale et morale du viol est très proche, c’est une mauvaise distinction qui ne veut rien dire. Obtenir un acte sexuel en insistant fortement est un viol. Insister fortement pour qu’un patient accepte un geste chirurgical vital c’est de la médecine. On ne peut pas se contenter d’un simple non, on doit pouvoir argumenter et si possible convaincre. Les mots sont importants. Aujourd’hui des milliers de victimes de viol peinent à faire reconnaître comme tel ce qu’elles ont subi et se voient proposer de requalifier ça en agression sexuelle. Elles n’ont pas besoin qu’on épuise encore le mot. Vous utilisez à plusieurs reprises le mot « violer » dans un sens totalement différent qui vient tromper le lecteur. Oui en français on peut violer un serment, violer une tombe mais ça n’a rien à voir avec le viol au sens où vous l’employez initialement. Enfin vous appuyez votre argument sur 2 exemples centraux dont 1 est effectivement un viol (le Dr Hazout condamné pour cela) et l’autre un véritable équivalent de viol où seule l’intentionnalité (non sexuelle) peut vaguement faire la différence (les touchers vaginaux et rectaux sous anesthésie générale). Alors oui, faire des TV et des TR sous AG pour « s’entraîner » peut être assimilé à un viol. Pour le reste les mots « violence » ou « maltraitance » me paraissent tout à fait suffire. Et voici le texte de @Mlle_ Juls :

 Il y a deux jours, M. Winckler a écrit un article sur son blog (lien) afin de justifier en plus de 140 caractères un tweet polémique où il était écrit, je cite, « la maltraitance médicale est un viol ». Rien que ça. Les conséquences de cette assertion pour le moins véhémente ont été amplement commentées sur Twitter, quant à ce qu’elles supposent et ce qu’elles impliquent dans la pratique des soignants. M. Winckler m’a demandé des explications à ce propos, les voici. Comme je ne suis pas soignante et que je ne veux pas entrer dans des polémiques philosophiques absurdes, je me contenterai de mettre en évidence les déficiences internes de l’argumentation.

Je remercie la taulière de ce blog de m’avoir non seulement laissé la parole, mais aussi d’avoir accpeté de relire (ainsi que @KnackieSF et @Gadiouka) ce texte écrit – un peu – sous le coup de la colère.(3)

Cher Monsieur Winckler,

Je ne sais pas exactement ce qui a motivé votre message – est-ce seulement pertinent ? – mais ce que je sais, en revanche, c’est qu’en dépit de tous mes efforts, je n’ai pas trouvé une seule façon de « sauver », et donc d’entendre, votre message.

Si vous êtes sincère, de bonne foi, que vous pensez vraiment que toute violence est un viol, votre argumentation ne tient tout simplement pas:

A- Elle ne tient pas, premièrement, car je pense sincèrement que vous n’êtes pas plus compétent en matières légales qu’en matières éthiques et/ou morales. C’est, du moins, ce que j’ai pu déduire des différentes définitions « d’éthique » et de « morale » que l’on retrouve dans vos tweets et dans votre article: les deux termes sont tantôt apposés, comme s’il s’agissait de synonymes, tantôt distingués; l’éthique est ici définie comme « morale appliquée » (!), là assimilée à « un comportement respectueux » (!!). Les philosophes spécialistes en la matière seront ravis d’apprendre qu’ils ont fait près de 10 ans d’études pour se retrouver docteurs ès courtoisie. Si vous aviez consulté un dictionnaire, vous auriez pu nuancer. Quand j’ouvre mon Lalande, moi, je lis:

« Il y a ici trois concepts distincts à séparer: 1º La Morale, c’est-à-dire l’ensemble des prescriptions admises à une époque et dans une société déterminées … – 3º La science qui prend pour objet immédiat les jugements d’appréciation sur les actes qualifiés bons ou mauvais … que nous proposons d’appeler Éthique. »

Alors dire que « s’il y a abus de confiance ou manque de respect délibéré, c’est, moralement parlant (comparable à) un viol » ce n’est pas juste. Moralement, c’est très différent, tout simplement parce que tout le monde n’adopte pas, comme vous le faites, une posture partiellement conséquentialiste (i.e. une posture qui prend les conséquences – douleur / gêne etc. – pour seul critère normatif et qui est éthiquement parlant très discutable, eu égard au risque obscurcissement des positions morales, de politique du sacrifice, de position de toute puissance du jugeant etc.). Le point est, précisément, que si vous vous êtes abstenu de parler de droit, une position cohérente vous aurait imposé de vous abstenir de parler de morale et d’éthique.

B- À supposer que je me trompe et que vous soyez compétent en la matière, vous prenez un soin tout particulier à ne pas respecter le sens des mots. « Violence » est un terme général qui renvoie à la « force exercée par une personne ou un groupe de personnes pour soumettre, contraindre quelqu’un ou pour obtenir quelque chose », c’est-à-dire à la contrainte ou à un acte d’agression (verbale, physique, etc.). « Viol » en revanche est un terme spécifique (et défini par la loi selon l’article 222-23 du Code pénal) qui désigne « un rapport sexuel imposé à quelqu’un par violence, obtenu par la contrainte, qui constitue pénalement un crime ». L’aspect sexuel est donc intrinsèque au viol et non accidentel. Vous répondrez que, certes, c’est un emploi restreint et que l’on peut l’utiliser dans le sens de « transgression, d’irrespect ». C’est vrai, mais – et je me fie au TLFi qui est sous mes yeux – uniquement lorsque le complément d’objet désigne un inanimé abstrait. Avouez que réifier grammaticalement des victimes d’agression en employant une tournure abusive, c’est assez ironique. Conceptuellement, il s’en suit que la « violence » subsume le « viol », c’est-à-dire que tout viol est une violence tandis la réciproque n’est pas vraie. Et il me paraît non seulement faux mais aussi dangereux d’étendre indument le sens de ces mots, surtout lorsqu’on sait combien il est difficile (et important) de mettre des mots justes sur des expériences et des ressentis violents. Appelleriez-vous votre « cravate » « ceinture » sous prétexte que les deux servent à vous vêtir ? Qualifieriez-vous sérieusement de « viol » un « cambriolage » qui vous aura laissé l’(indéniable) impression d’être violé dans votre intimité ? Ça – faire dire aux mots ce que l’on souhaite – c’est l’apanage d’Humpty Dumpty, le tyran des mots condamné au soliloque, pas celui d’un essayiste dont le but est (ou devrait être) de communiquer sur des problèmes de prime importance.

C- À supposer que l’on puisse faire l’économie du respect du sens des mots, votre discours, dépourvu de logique interne, ne tient malheureusement pas debout tout seul. J’entends par là que les relations qui unissent les mots (quoiqu’ils veuillent dire pour moi et/ou pour vous), c’est-à-dire les éléments de votre réflexion, sont labiles, versatiles, changeants. Votre position morale est peu claire et vous vous contredisez: si, comme vous l’affirmez, l’acte est condamnable à partir du moment où la victime l’exprime comme tel, comment expliquer que vous condamniez également l’auscultation intime d’une personne anesthésiée (et qui n’en souffrira pas, si elle ne l’apprend pas par d’autres voies) ? En outre, le « mauvais acte médical » est tantôt qualifié de maltraitant, tantôt d’acte violent, tantôt de viol. Vous opérez également une inversion de dérivation viol > violence qui maltraite la langue au moins autant que la logique car vous donnez au général le nom du particulier. Rien n’autorise cela: vous ne pouvez pas induire d’une équivalence de ressenti (j’entends par là, le ressenti de violence ou de douleur tel qu’il peut-être mesuré via son expression par le patiente ou la patiente) l’identité de leur(s) cause(s) ! Et vous justifiez cette identité, et assumez le mot « viol », sous prétexte d’actes « moralement comparables » sans expliciter précisément ce sur quoi repose cette comparaison, cette équivalence: il s’agirait tantôt de la violence, tantôt du « vécu verbalisé ». Mais ces points de vue sont incompatibles ! Si le mot se réduit à l’usage qu’on en fait, alors les auscultations intimes non sues ne sont pas qualifiables de « viol »; si le mot renvoie à un vécu alors il faut prendre le risque de se soumettre au vécu et conséquemment requalifier un ensemble d’actes non usuellement qualifiés de « viol » (cambriolage, insulte, rupture de confiance) et les condamner en tant que tels. En fait – et je cite ici l’heureuse formule de @Gadiouka – en même temps que vous vous érigez « en porte-voix des victimes de maltraitantes médicales, vous ‘sucrez’ purement et simplement la voix des femmes et hommes violé(e)s qui n’apprécieraient peut-être pas de lire qu’un otoscope enfoncé trop brutalement dans l’oreille est ‘moralement comparable’ à un viol ». Et cette impression de flou, de confusion, d’illogisme, est prégnante partout. Sauf peut-être dans cette phrase « la violence … est toujours de la violence !!! » que je n’aurai pas l’audace de récuser (car, comme chacun sait, il n’y a pas plus logique que la tautologie).

Il en ressort que si vous êtes de bonne foi, votre texte me semble mauvais car non informé et/ou mal écrit et/ou mal conçu. C’est objectivement la pire défense d’une cause juste et honorable que l’on pouvait imaginer.

Cela posé, il est également possible de supposer que tout cela cache d’autres motivations, et que cette assertion serait une provocation parmi d’autres; hypothèse que m’autorise ce tweet où vous dites que nous prenons « <vos> provocations (délibérées) pour des définitions », que « la sémantique <n’est> pas le fond du débat » (je n’argumenterai pas ici sur le fait que la sémantique est toujours peu ou prou le fond d’un débat quel qu’il soit). Le cas échéant, votre argumentation me paraîtrait non seulement inepte mais également moralement discutable:

A- Cela ne vous dérange pas de provoquer sur des sujets aussi sensibles ? Dans quelle mesure la figure de l’homme-dans-l’écoute, dans le respect – oserais-je dire « dans l’éthique » ? – résisterait à un tel aveu ? Quelle est cette fin si noble qui justifie que vous preniez comme moyen les souffrances d’autrui pour provoquer une réaction ? Je mentionnais au début les conséquences potentielles d’un conséquentialisme radical, la position de toute puissance du jugeant (même dans l’écoute), le sacrifice … On nage en plein dedans.

B- À supposer que l’on puisse provoquer sur ces sujets, votre rhétorique est moralement discutable car la provocation fait appel, on le sait, plus à l’émotion qu’au raisonnement. Employer une rhétorique du pathos en l’absence d’arguments solides, c’est faire le choix d’une cible, d’un public, plus sensible qu’un autre. En l’occurrence ici: des gens qui se sentent concernés par le sujet, qui en ont souffert ou qui en souffrent encore – des gens maltraités, violentés, violés, verbalement, physiquement et/ou sexuellement – ou encore des gens qui n’ont pas l’éducation oratoire suffisante pour démêler votre discours. Écoutez-vous vraiment leurs ressentis et leurs histoires, lorsque vous les nommez différemment ? Et, plus important encore, que dit cet aveu de provocation de la vision que vous avez de votre lectorat ?

C- À supposer que cela se justifie, votre rhétorique est inefficace. Pourquoi provoquer ? Pour sensibiliser ? Je ne pense pas qu’il soit très éthique de sensibiliser aux dépens des autres et je suis intimement persuadée qu’il est inutile de le faire aussi mal. Sacrifiez bien, sacrifiez mieux: les discours radicaux et peu fondés ne résistent malheureusement pas bien longtemps aux critiques d’esprits plus rigoureux.

Bref, qu’importe l’hypothèse choisie, elle n’honore pas votre propos. Et c’est bien dommage.

(1) C’est elle qui le dit- NDLB

(2) La Maltraitance médicale est un viol

(3) Le post de @knackieSF à ce sujet

 

Star Must (1) #PrivésDeMG

Nothing is deader than yesterday’s science-fiction.
Arthur C.Clarke

2070 : la France, suite à de multiples choix désastreux en matière de Santé Publique et de formation de ses futurs médecins, se retrouve privée de médecine générale. Les survivants tentent coûte que coûte d’organiser la résistance dans ce monde sanitaire post-apocalyptique. (2)

2070 : Suite à la révolte des médecins généralistes et de leurs confrères, la politique de santé  en France a pris un autre virage. de nouveaux projets ont vu le jour, parmi eux, les Must. Sorte de consortium ultra-sophistiqué de médecins généralistes (mais pas que) qui assurent les soins primaires dans les zones autrefois appelées « Déserts médicaux ».

Mme  Sarimol Eutarion, âgée de maintenant 80 ans est fatiguée. Elle essaie tant bien que mal de trouver de l’aide. Sa fille lui a conseillé d’aller voir un cardiologue. » A ton âge c’est sûrement le coeur ». Ayant eu le bon goût de ne pas décéder durant les 6 mois d’attente elle rencontre enfin le spécialiste. La scintigraphie myocardique couplée à l’épreuve d’effort (traction d’un cabas à roulettes en forte pente) est rassurante. La troponine et le BNP aussi. Après une coronarographie de contrôle et un holter tensionnel elle sort avec 2 hypertenseurs et un hypocholestérolemiant. Sa fille est rassurée mais Mme M est toujours fatiguée et même plus qu’avant. La voisine, elle pense que c’est les nerfs. Faut dire qu’elle est encore à 5 ans de la retraite et son chef est une vraie peau de vache.

Sarimol Eutarion est fatiguée. Sa fille la mène à la Must la plus proche de chez elle ce n’est pas à PetitJoliVillage mais à AutrePetitJoliVillage. ce jour-là son médecin n’est pas là. C’est normal c’est son jour de repos. Le Dr Gaiman prend toujours son mercredi pour s’occuper de ses enfants. et son mari qui est aussi dans la Must, lui, ne travaille pas le samedi pour la même raison. Elle aime bien le Dr Gaiman, elle l’a rencontré alors qu’il était encore un tout jeune interne et qu’il était en stage dans la Must, la coin lui a plu, il a eu envie de rester. Son mari lui est AGI avant il était visiteur médical, mais ça c’était avant.

sf

Oui, bon ça sera peut-être moins impressionnant en vrai mais ça n’empêche pas de rêver.

Le psychiatre n’a que 3 mois de délais de rendez-vous. Une chance. Sarimol s’enfonce exténuée dans le fauteuil du réducteur de têtes. Sans surprise il la trouve déprimée. Après une IRM cérébrale rassurante il lui prescrit un antidépresseur et un anxiolytique. Il lui fait également un arrêt de travail de 15 jours le temps que le traitement agisse. Il la reverra dans 1 mois. Deux semaines plus tard Sarimol doit reprendre le travail. Elle est littéralement épuisée et a parfois des étourdissements. Ne souhaitant plus se fier à n’importe qui, elle se rend sur Doctissimo2.0 . Les internautes lui conseillent unanimement d’aller voir un neurologue, un cancérologue et un ostéopathe.

Elle ne s’inquiète pas car un autre médecin va la voir et aura son dossier. Peut-être même qu’elle l’aura déjà rencontré. Il y aura peut-être un étudiant. Sarimol aime bien les étudiants, ils écoutent avec patience avec de grands yeux ouverts et ils sont toujours enthousiastes pour examiner sa vieille carcasse. Parfois certains s’entraînent à faire les prises de sang quand les patients ont des bilans à faire. Elle aime moins bien, ils sont pas tous doués les jeunes) mais elle s’y prête de bonne grâce car elle trouve important qu’ils apprennent.

Finalement le médecin vient la chercher. C’est le Dr JeuneEtJolie, une doctoresse. Elle l’a déjà croisée. Elle est interne. Elle va prendre le temps de l’interroger, de l’examiner. Sarimol va pouvoir parler de ce qui l’inquiète, de sa fatigue. elle vont tomber d’accord qu’elle se surmène beaucoup. Elle accepte une simple prise de sang et une radiographie du thorax car elle est essoufflée. Son ECG est normal. Mais surtout elle est rassurée. Elle prend rendez-vous dans une semaine pour montrer ses résultats et promet de se ménager plus.

Elle est plutôt sympa cette doctoresse, Sarimol espère que elle  aussi elle viendra s’installer dans cette Must plus tard.

(1) Les jeux de mots pourris c’est ma vie, ne me jugez pas.

(2) A ceux qui m’accuseraient de recycler lâchement mon billet précédent, je réponds : ouais

Voilà c’est ma modeste contribution au mouvement  #PrivésdeMG dont vous avez pu percevoir les frémissement sur twitter , sur facebook, ou sur tumblr.

Les médecins blogueurs ont plusieurs propositions à faire pour améliorer les soins primaires. Si je n’ai pas choisi la médecine générale (trop fainéante) j’ai la conviction que la santé des patients passe en priorité par des soins primaires de qualité assurés par des médecins formés et épanouis.

Je reproduis ici le texte issu de la réflexion de ces rêveurs non pas doux mais révoltés.

Médecine générale :
dernier arrêt avant le désert !

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur tout le territoire ?

Certains d’entre nous avaient fait en 2012, un certain nombre de propositions dans le cadre de l’opération #PrivésDeDéserts.

Marisol Touraine présente ce lundi sa Stratégie nationale de santé. Cet évènement constitue l’occasion de nous rappeler à son bon souvenir, rappel motivé par l’extraordinaire enthousiasme qui avait accompagné nos propositions (voir plus bas les 600 commentaires) dont aucune n’a été reprise par la Ministre.

Nos idées sont concrètes et réalistes pour assurer l’avenir de la médecine générale, et au-delà, des soins primaires de demain.

Notre objectif est de concilier des soins de qualité, l’éthique de notre profession, et les impératifs budgétaires actuels.

Voici une synthèse de ces propositions.

 Sortir du modèle centré sur l’Hôpital

Depuis des décennies, l’exercice de la médecine ambulatoire est marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. La médecine hospitalière et salariée est devenue une norme pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice ambulatoire qu’ils n’ont jamais (ou si peu) rencontré pendant leurs études.

Cette anomalie explique en grande partie les difficultés actuelles. Si l’hôpital reste le lieu privilégié d’excellence, de recherche et de formation pour les soins hospitaliers, il ne peut revendiquer le monopole de la formation universitaire. La médecine générale, comme la médecine ambulatoire, doivent disposer d’unités de recherche et de formation universitaires spécifiques, là où nos métiers sont pratiqués, c’est-à-dire en ville et non à l’hôpital.

La formation universitaire actuelle, pratiquée quasi-exclusivement à l’hôpital, fabrique logiquement des hospitaliers. Pour sortir de ce cercle vicieux, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

Cette réforme aura un double effet :

– Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice. Nous ne pouvons reprocher aux étudiants en médecine de ne pas choisir une spécialité qu’ils ne connaissent pas.

–  Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Toute mesure visant à obliger les jeunes médecins généralistes à s’installer en zone déficitaire aura un effet repoussoir majeur. Elle ne fera qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

Une véritable modernisation de la formation des médecins est nécessaire. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’opportunités manquées depuis 50 ans par méconnaissance de la réalité du terrain. Si la réforme Debré de 1958 a créé les CHU (Centres Hospitaliers et Universitaires), elle a négligé la création de pôles universitaires d’excellence, de recherche et de formation en médecine générale. Ces pôles existent dans d’autres pays, réputés pour la qualité et le coût modéré de leur système de soins.

Idées-forces

Les principales propositions des médecins généralistes blogueurs sont résumées ci-dessous. Elles sont applicables rapidement.

  • Enseignement de la Médecine Générale par des Médecins Généralistes, dès le début des études médicales
  • Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.
  •  Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital :

Ces maisons de santé se voient attribuer un statut universitaire. Elles hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique (3000 créations de postes). Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

  •  Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner :

Statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

  • Création d’un nouveau métier de la santé : “Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt” (AGI).

Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt. Les nouveaux postes d’AGI pourraient être pourvus grâce au reclassement des visiteurs médicaux qui le souhaiteraient, après l’interdiction de cette activité. Ces personnels trouveraient là un emploi plus utile et plus prestigieux que leur actuelle activité commerciale. Il s’agirait d’une solution humainement responsable. Il ne s’agit en aucun cas de jeter l’opprobre sur les personnes exerçant cette profession.

  • Les « chèques-emploi médecin »

Une solution innovante complémentaire à la création du métier d’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien). Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

Nos propositions et nos visions de l’avenir de la Médecine Générale, postées simultanément par l’ensemble des 86 participants, sur nos blogs et comptes Twitter, le 23 septembre 2013, sont des idées simples, réalistes et réalisables, et n’induisent pas de surcoût excessif pour les budgets sociaux.

L’ensemble des besoins de financement sur 15 ans ne dépasse pas ceux du Plan Cancer ou du Plan Alzheimer ; il nous semble que la démographie médicale est un objectif sanitaire d’une importance tout à fait comparable à celle de la lutte contre ces deux maladies.

Ce ne sont pas des augmentations d’honoraires que nous demandons, mais des réallocations de moyens et de ressources pour rendre son attractivité à l’exercice libéral.

Les participants à l’opération (Noms ou Pseudos Twitter) :

1.     Docteurmilie 2.     Dzb17 3.     Armance64
4.     Matt_Calafiore 5.     Docmam 6.     Bruitdessabots
7.     Ddupagne 8.     Souristine 9.     Yem
10.   Farfadoc 11.   SylvainASK 12.   Docteur Sachs Jr
13.   Méd Gé de L’Ouest 14.   Docteur Gécé 15.   DrKalee
16.   DrTib 17.   Gélule, MD 18.   DocAste
19.   DocBulle 20.   Docteur Selmer 21.   Dr Stephane
22.   Alice Redsparrow 23.   Docteur_V 24.   Dr_Foulard
25.   Kalindéa 26.   DocShadok 27.   Dr_Tiben
28.   Bismuth Philippe 29.   PerrucheG 30.   BaptouB
31.   Juste un Peu Sorcier 32.   Elliot Reid-like 33.   MimiRyudo
34.   SacroStNectaire 35.   DrGuignol 36.   DrLebagage
37.   Loubet Dominique 38.   CaraGK 39.   DocArnica
40.   Jaddo 41.   Acudoc49 42.   AnSo1359
43.   DocEmma 44.   DrPoilAGratter 45.   GrangeBlanche
46.   Docteur Pénurie 47.   Borée 48.   10Lunes
49.   Echocardioblog 50.   OpenBlueEyes 51.   nfkb
52.   Totomathon 53.   SophieSF 54.   SuperGélule
55.   BicheMKDE 56.   Knackie 57.   DocCapuche
58.   John Snow 59.   Babeth_Auxi 60.   Jax
61.   Zigmund 62.   DocAdrénaline 63.   DrNeurone
64.   Cris et chuchotements 65.   YannSud 66.   Nounoups
67.   MademoiselleAA 68.   Boutonnologue 69.   Françoise Soros
70.   Une pédiatre 71.   Heidi Nurse 72.   NBLorine
73.   Stockholm 74.   Qffwffq 75.   LullaSF
76.   DocteurBobo 77.   Martin Minos 78.   DocGamelle
79.   Dr Glop 80.   Ninou
81.   Martin Winckler
82.   UrgenTic 83.   Tamimi2213 84.   Doc L
85.   DrLaeti 86.   LBeu

 

Si vous voulez le retrouver ainsi que les commentaires de l’opération #PrivésDeDésert de septembre 2012 ainsi que les liens vers autres blogs qui participent : c’est là :  http://www.clubdesmedecinsblogueurs.com/PrivesDeMG/?p=1

N’hésitez-pas à y laisser vos commentaires.

Merci à tous les patients pour le soutien que nous avons déjà senti sur Twitter.

La face obscure de la médecine. #PrivésDeMG

2070 : la France, suite à de multiples choix désastreux en matière de Santé Publique et de formation de ses futurs médecins, se retrouve privée de médecine générale. Les survivants tentent coûte que coûte d’organiser la résistance dans ce monde sanitaire post-apocalyptique.

Mme  Sarimol Eutarion, âgée de maintenant 80 ans est fatiguée. Elle essaie tant bien que mal de trouver de l’aide. Sa fille lui a conseillé d’aller voir un cardiologue. » A ton âge c’est sûrement le coeur ». Ayant eu le bon goût de ne pas décéder durant les 6 mois d’attente elle rencontre enfin le spécialiste. La scintigraphie myocardique couplée à l’épreuve d’effort (traction d’un cabas à roulettes en forte pente) est rassurante. La troponine et le BNP aussi. Après une coronarographie de contrôle et un holter tensionnel elle sort avec 2 hypertenseurs et un hypocholestérolemiant. Sa fille est rassurée mais Mme M est toujours fatiguée et même plus qu’avant. La voisine, elle pense que c’est les nerfs. Faut dire qu’elle est encore à 5 ans de la retraite et son chef est une vraie peau de vache.
Le psychiatre n’a que 3 mois de délais de rendez-vous. Une chance. Sarimol s’enfonce exténuée dans le fauteuil du réducteur de têtes. Sans surprise il la trouve déprimée. Après une IRM cérébrale rassurante il lui prescrit un antidépresseur et un anxiolytique. Il lui fait également un arrêt de travail de 15 jours le temps que le traitement agisse. Il la reverra dans 1 mois. Deux semaines plus tard Sarimol doit reprendre le travail. Elle est littéralement épuisée et a parfois des étourdissements. Ne souhaitant plus se fier à n’importe qui, elle se rend sur Doctissimo2.0 . Les internautes lui conseillent unanimement d’aller voir un neurologue, un cancérologue et un ostéopathe.

Sarimol arrivera-t-elle à se sortir vivante de tous ces « bons » soins?
L’un d’entre eux s’apercevra-t-il qu’elle habite au 5 ème sans ascenseur?

À vous d’écrire la suite…

Cette histoire est une fiction. Bien sûr. Mais le danger est bien réel d’être un jour #PrivésDeMG. Le Ministère nous a sorti de son chapeau le PJMTLG  (2) euh non pardon le PTMG qui ne répond pas vraiment aux questions posées. Nous attendons mieux et nous comptons le faire savoir.
Vous trouverez d’autres points de vue sur ce sujet brûlant : , , et même . Et encore et voilà. Mais aussi , et .
(1)

(1) Si vous arrivez à lire ceci sans chanter Brave Margot dans votre tête je vous dis bravo.

(2)  : un nom qui conviendrait parfaitement tant ce projet partage de caractéristiques étonnantes avec les petits pains à la saucisse du fameux  Planteur-Je-Me-Tranche-La Gorge : un marché de dupe au fumet attractif mais dont la provenance est plus que douteuse et qui fait rapidement regretter de l’avoir ingéré.

Le Journal d’Adorabelle Chercoeur

English: cigarette Tagalog: cigarette

English: cigarette Tagalog: cigarette (Photo credit: Wikipedia)

Premier jour en enfer. Siècle de la Roussette.

Cigarettes =0 (Satisfaisant)
Envies de fumer : 10 millions
Envies de meurtre = 2500
Passages a l’acte = 0 (satisfaisant ou pas)

Elle m’a bien eue la vieille bique. J’ai décidé d’arrêter. Pire, j’ai arrêté. Je sais pas comment nous en sommes arrivées à parler de ces gros cochons d’industriels et de la façon dont ils s’engraissent sur le dos des pauvres gens. Que ça me faisait suer de permettre au Sir Nicotin d’acheter un deuxième poney à sa progéniture, et un faux-cul à sa rombière. Et voilà le travail!
Quand je pense que je l’ai même remerciée en partant! Un comble.
Et ce faux-jeton de Moite qui m’a félicitée. Je crois qu’il ne sait pas à quel point il est passé près de la mort.
Si je remets la main sur ce fichu golem je le pulvérise.
Maintenant que j’ai dit ça, je ne peux pas revenir dessus. Mais j’ai quand même failli agresser un gosse qui fumait une cigarette en chocolat. Ce petit salopard n’a pas voulu me la donner. Pourtant je lui ai fait mon regard de tueuse le plus enjôleur de mon répertoire. Il m’a demandé pourquoi je louchais et s’est esquivé en rigolant le petit vaurien.
Espérons que demain soit moins difficile, sinon je vais devoir aller au Tambour Rafistolé me trouver une excuse pour commettre une voie de fait.

La vieille carne.

Voyons le bon côté des choses si je tue quelqu’un et qu’on me pend j’aurais droit à la dernière cigarette du condamné.

Juste une…

Image

Adorabelle la veille du drame. (Photo extraite du téléfilm « Timbré »)

Deuxième jour en enfer.
Cigarettes : 0
Envies de cigarettes : 5 millions (mieux)

Envies de meurtre : 150 (mieux)

Meurtre : 1 (saloperie de moustique)

J’ai profité de cette « énergie » nouvelle pour aller conter fleurette à la Guilde des Intermittents (1). Ils voulaient me faire payer une cotisation sous prétexte que les golems louent leur service de façon « intermittente ». Je leur ai tellement soufflé dans les bronches que leurs pieds ont décollé du sol.

La vieille chouette perd rien pour attendre mais je suis assez contente d’avoir tenu deux jours.

Je la vois la semaine prochaine.

Moite m’évite, j’en ai la certitude maintenant. La dernière fois que je lui ai rendu visite à son bureau, il n’y était pas. Comme par hasard. Par contre, je suis certaine d’avoir vu une ombre bouger sur le toit. Il ne perd rien pour attendre.

Enfin ,j’aurai de la chance s’il ne change pas de ville. Et d’identité.

Troisième jour en enfer : on s’habitue à la température.

Envies de cigarette : 2 millions (excellent)

Cigarette : 1 (en chocolat, AHAHAHAHAHAHAHA, vengeance).

Rires Diaboliques : 15 ( inquiétant)

Tentative de meurtre : 1 (j’ai enfin mis la main sur sur cette petite fouine de Moite, malheureusement il est arrivé à s’enfuir par la fenêtre.)

Elle m’avait dit que ce serait dur mais elle ne savait pas à quel point cette vieille carne de chameau.

J’ai envie de tripes de chameau marinées au vinaigre. Avec des frites, beaucoup de frites. Et du chocolat.

Je ne sais pas ce que manigance ce sale petit magouilleur de Moite.

Il n’a pas arrêté de me poser des questions sur mes envies de cigarettes: ce qui me manque le plus, ce qui me manque le moins. Il avait ce regard, celui qu’il a quand il prépare un mauvais coup. C’est un regard que je trouve plutôt séduisant d’habitude je dois bien l’avouer. Mais là il me donne surtout envie d’aiguiser mes talons sur sa pomme d’Adam.

Septième jour en enfer.

Cigarettes : 0

Envies de cigarettes : 2000 (de Mieux en Mieux)

Meurtres : 0

Envies de Meurtre : 2 (Merveilleux)

J’ai eu mon rendez-vous avec la sorcière. Elle m’a proposé des cataplasmes de nicotine mais elle peut bien se les rouler sous les aisselles et les fumer avec ses chèvres par paquets de 12 tant qu’elle y est. Et je reste polie.

Je ne craquerai pas ça lui ferait trop plaisir. Elle a semblé étonnée que j’ai tenu jusqu’au rendez-vous, elle me sous-estime.

L’état de Moite empire, je l’ai vu rire sous cape à plusieurs reprises et ce n’est pas un spectacle plaisant. Je commence à me faire plus de souci pour lui que pour mes cigarettes chéries.

Dixième jour en enfer.

Cigarettes : 1 (raaaaah non , je sais c’est lamentable mais c’est tellement BON.)

Envies de cigarette : 1 (oui c’est paradoxal mais c’était une GROSSE envie)

Je suis entrée chez l’épicier et j’ai acheté un paquet.  J’ai même acheté des bonbons à la menthe pour cacher mon haleine. Je suis mortifiée.

Moite doit me présenter son projet demain. Déesse Anoïa, priez pour nous, pauvres passoires.

Onzième jour en enfer

Je suis tellement excitée ! Je n’en reviens pas!

Moite m’a faite essayer son invention  : des cigarettes démoniques sans tabac ! Des cigarettes dans lesquelles un petit démon fait de la vapeur d’eau. Et on peut l’aspirer, et c’est BON! Je n’ai plus envie de fumer, mais qu’est ce que je « démonte »(2)!

Je crois que je ne pourrai plus jamais m’arrêter de mettre des points d’exclamations!

L’autre nouvelle c’est que nous allons devenir riches. Mais j’ai été très claire avec Moite,  je tiens à ce que les démons aient un contrat de travail en « bon uniforme ». Il a fait la moue mais il ne peut rien me refuser.

La Guilde des Tabageurs fait grise mine mais le Patricien a tranché, il est d’accord à condition que la ville perçoive sa part.

« Les cigarettes démoniques font mentir la vieille bique » c’est un slogan qui en jette , non ?

(1) la difficulté étant de la trouver celle-ci changeant d’adresse tous les mois pour plus de commodité.

(2) Oui, bon on peut pas être toujours génialement créatif, hein.

Adorabelle

Y avait le petit ami qui arrêtait pas de me pomper a propos de la clope. Alors je fumais encore plus.

Et il y avait Mr La Pompe qui faisait pareil.

Il m’a dit :  » VOUS DEVRIEZ ARRÊTER. »
Je lui ai demandé pourquoi.
Il m’a répondu : « POUR ÊTRE LIBRE »
J’ai dit :  » Je suis libre, libre de fumer si ça me chante »
Il m’a dit : « VOUS N’ÊTES PAS LIBRE DE NE PAS FUMER. »
Il m’a regardé. Je l’ai regardé. Il m’a regardé.

adorabelleJ’ai dit : « Alors comment pourrais-je arrêter ? »
Il a dit  » VOUS POURRIEZ ALLER AU CSAPA. »
Je l’ai regardé. Il m’a regardé. Il m’avait coincée.

Alors j’ai pris rendez-vous. J’ai annulé et pris un autre rendez-vous. Finalement j’étais en retard on m’a dit de revenir la semaine d’après. Ça m’a énervée j’ai fumé presque un paquet en rentrant chez moi.
Je suis revenue la semaine d’après, j’ai fumé 3 cigarettes dans la salle d’attente. Une dame sévère avec un chapeau pointu m’a dit :  » C’est à vous. Je m’appelle Mémé Ciredutemps mais vous pouvez m’appeler Mémé.  »
Bref je suis allée au CSAPA.

Argile, tabac et liberté

Mémé connaissait beaucoup de choses. En tout cas elle connaissait toutes les choses qui comptaient vraiment, à son avis. Pourtant elle était bien obligée de reconnaître qu’elle n’y connaissait pas grand chose en Golems.

Depuis qu’elle vivait à Ankh-Morpork, elle en avait vu quelques uns, toujours affairés. C’était de grandes statues d’argile muettes, infatigables et vieilles de plusieurs siècles. Elle savait aussi que c’était la magie des mots contenus dans leur tête qui les faisait vivre.

Témoignait de ce phénomène les reflets rouges qui s’échappaient des trous qui figuraient leur yeux dans leur tête d’argile vaguement humanoïde.

C’était deux yeux de ce type qui la fixaient de l’autre côté de la table. Même elle se sentait mal à l’aise face à ce regard. Pourtant il émanait une certaine douceur de la masse d’argile qui constituait son corps.

De la douceur et de l’inquiétude. Car ce golem était inquiet et c’est pour cela qu’il était dans le bureau de Mémé.

Golem

On aurait pu penser qu’un morceau d’argile vieux de plusieurs siècles (et qui avaient passé quelques uns de ceux-ci à creuser un puits -alors que les hommes qui lui en avaient donné l’ordre avaient même oublié l’existence de ce puits et son existence à lui), était peu sujet à l’anxiété .

Pourtant il s’inquiétait pour Mlle Chercoeur.

« Pourquoi venez vous me voir? »

Mémé se demandait si les golems buvaient ou prenaient une quelconque drogue. Quelle drogue pouvait être assez puissante pour faire planer de la glaise ?

Il écrivit sur son ardoise :

JE VIENS POUR MADEMOISELLE CHERCOEUR. JE SUIS INQUIET.

Mémé fronça les sourcils. « Ah ben v’la aut’chose. » « Je ne fais pas de philtres d’amour. N’apporte que des ennuis. Les gens n’arrêtent pas de les mélanger. C’est qu’embrouille et compagnie. »

Il n’est pas possible pour un golem de rougir pourtant celui-ci arriva contre toute attente à afficher un certain embarras.

« MADEMOISELLE CHERCOEUR EST UNE AMIE. ELLE FUME TROP. »

Mlle Chercoeur était la propriétaire du Comptoir des Golems, une agence de louage qui leur permettait de travailler mais plus extraordinaire pour eux, d’être rémunérés pour ce travail, leur permettant ainsi de racheter leurs frères encore esclaves.

Car les golems impavides statues d’argiles étaient tombés amoureux du concept de liberté.

Et c’est ainsi que le golem qui se nommait Mr Lapompe (1) en vint à parler de ses inquiétudes (enfin les écrire à la craie) à Mémé. Il Il fallut souvent qu’il ralentisse ou qu’il explique les mots compliqués comme autodétermination.

« Si j’ai bien compris vous tenez beaucoup à votre liberté, hors c’est Mlle Chercoeur qui d’une certaine façon vous l’a donnée. Vous êtes donc très ennuyé de la voir ainsi esclave de la cigarette. J’ai bien résumé ? » (2)

OUI

« Et combien elle fume de cigarettes par jour votre amie? »

40. QUAND TOUT VA BIEN.

« Ah oui quand même. Mais vous savez je ne peux rien faire à distance. Il faut que votre amie vienne me voir. »

« De préférence de son plein gré » Préféra-t-elle rajouter après un coup d’oeil à la carrure de son interlocuteur.

JE VAIS ESSAYER MAIS ELLE EST TÊTUE.

« Peut-être devriez-vous lui faire part de votre inquiétude et partager avec elle votre intérêt pour sa liberté? »

PEUT-ÊTRE

il effaça pour écrire :

DE TOUTE FACON QU’EST-CE-QUE JE CRAINS?

puis:

JE SUIS UN GOLEM

et enfin :

LES GOLEMS NE SENTENT PAS LA DOULEUR.

Après un temps, où ses yeux semblèrent clignoter :

MOUHAHAHA

Mémé se rendait compte qu’elle avait encore beaucoup de choses à apprendre sur Ankh-Morpork et ses habitants,  mais ça, elle ne l’aurait reconnu devant personne et surtout pas devant ce Mr Prochacha avec ses grands airs.

(1) son nom complet était la Pompe 19, oui il on peut dire qu’il avait déjà touché le fond dans sa vie.

(2) Comme on peut le voir, après un intermède gênant impliquant des chèvres,  Mémé quoique déçue de n’apprendre aucun tour de cirque, avait bien mise à profit sa rencontre avec le Mage Prochacha.

Des techniques modernes et de ce qu’en pensent les chèvres

Il règne dans la pièce une atmosphère que seules, deux fortes personnalités contraintes à la cohabitation dans un espace exigu peuvent générer. Disons pour résumer, qu’on se sentirait plus à l’aise,  dans une cage partagée pas deux tigres afffamés, un quartier de boeuf saignant autour du cou.

Il tente un mouvement d’apaisement.

« En tout cas la décoration est originale(1). »

« C’est moi qui ai tout fait. » Assène Mémé fièrement.

« J’ai vu des chèvres dans la cour c’est pour …? (Il n’ose pas faire allusion à des sacrifices rituels mais furtivement l’image de Mémé dansant nue après avoir égorgé une de

ces pauvres bêtes flotte devant ses yeux. Troublant)

« C’est pour le lait. »

« Ah oui le lait. Très important le lait en… droguéologie. Très bon pour la santé à c’qu’on dit. Très sain. »

Après un moment il reprend plein d’entrain :

« Vous arrive-t-il de boire du thé? »

« Et vous, vous aimez les buffets froids? »

« Question stupide, vous avez raison. »

Le silence s’installe de nouveau confortablement dans le petit bureau de Mémé. Celle-ci ne sait toujours pas ce qui lui vaut la visite impromptue dans son CSAPA(2), de l’Archichancelier Ridculle en personne.

« Je suis là aujourd’hui

Domesticated goat with two kids near road side...

(Photo credit: Wikipedia)

pour témoigner de notre admiration à tous face à l’excellent travail … »

« Ce n’est pas pour me dire ça que vous êtes venu. Crachez le pourceau »

Quelle femme, mes aïeux, quelle femme

« Cependant … Cependant… N’y voyez pas une critique, mais nous avons eu vent de techniques révolutionnaires dont nous aimerions vous faire profiter. »

« Si c’est leur taper sur la tête, j’ai déjà essayé, ça ne marche pas vraiment. »

« Nous pensions à quelque chose de plus … consensuel. »

Les sourcils de Mémé se rapprochèrent dangereusement. « Si vous faites allusion à ces rumeurs de Sabbat. Ce sont des rumeurs. C’est tout. Je garde TOUJOURS mes vêtements. Comme toute sorcière qui se respecte. »

La figure de l’Archichancelier se peupla de petits points rouges, confus de se retrouver sur un visage aussi vénérable.

« Non, bien sûr, …loin de moi l’idée … »

Le silence s’étire comme un félin paresseux.

« Mr Prochacha, un jeune mage de l’université du continent XXXX, nous a écrit pour nous faire part de ses découvertes tout à fait intéressantes .. Il a découvert semble-t-il une sorte de cercle où doit passer le sujet …

« Et ça n’a rien à voir avec un quelconque Sabbat, vous êtes sûr? »

Ridculle n’est plus sûr de rien. « Oui, c’est un cercle qui … »

« Comme un cerceau? J’ai vu faire ça une fois dans un cirque. »

« Moui, peut-être, je ne sais pas. Il a plutôt parlé de stade… En tout cas il se proposait gentiment de nous faire profiter de sa découverte lors de son passage dans notre cité… »

« Du temps que je peux garder mes habits. »

Les petits points rouges sur le visage de l’Archichancelier confluent et semblent déterminés à s’installer à demeure

« Alors c’est parfait. Je ne vous retiens pas plus longtemps. Vous avez sans doute des patients ou des chèvres à traire enfin, bon…  »

Et il déguerpit aussi vite que le lui permet la sauvegarde de sa dignité d’Archichancelier de l’Université Invisible. Il se dit que tout compte fait ça ne s’est pas passé trop mal.

Mémé est perplexe. Elle réfléchit un moment puis elle demande à son assistant d’aller lui acheter un cerceau.

Vraiment elle doute que les chèvres soient d’accord pour sauter dedans. Qui les connaît comme Mémé les connaît, sait qu’elles sont fières et ont un sens aigu du ridicule.

Mais on est au siècle de la Roussette après tout, il faut savoir vivre avec son taon.

Quoique cela puisse vouloir dire.

1.Mémé a un sens de la décoration tout personnel outre les herbes diverses et les jambons en train de sécher,  elle accroche tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à de l’écrit : journaux, prospectus, feuille d’impôt … Elle-même sachant à peine lire, elle aime à répéter que c’est surtout utile quand on doit se rendre dans la cabane au fond de la cour.

2. Centre de Sorcellerie Addictologique Potentielle d’Ankh-Morpork. Faut suivre un peu.

Le plus dur …

Le plus dur dans le travail d’un droguéologue c’est souvent l’attente.

Il a rendez-vous à 10h mais elle sait que tout est possible. Peut-être viendra-t-il à l’heure. Peut-être seulement un peu en retard. Peut-être viendra-t-il demain ou bien jamais. Difficile de savoir. Même pour elle.

Pour tromper son impatience, elle recoud sa robe noire, noire comme son chapeau (pointu évidemment) et ses bottines.

Le noir est important. C’est la couleur attitrée des sorcières.

Et impossible de faire de la têtologie correcte sans la tenue de sorcière.

The Streets of Ankh-Morpork

The Streets of Ankh-Morpork (Photo credit: Wikipedia)

 

Si elle exerce au CSAPA¹ en tant que têtologue spécialisée en droguéologie, elle reste avant tout une sorcière.

Sur sa plaque on peut lire :

Mémé Ciredutemps

Sorcière

Têtologue spécialisée en droguéologie

Membre Honoris Causa de l’Université Invisible

Mémé avait rajouté la dernière par coquetterie sans être bien sûre de ce que voulait dire « Honoris causa », enfin elle savait qu’elle causait  et qu’elle était  honorable. Dans la bouche de l’Archichancelier ce titre avait semblé flatteur.

En tout cas, mieux valait pour lui que ça le soit.

Parfois le plus dur pour une droguéologue c’est de sentir l’haleine alcoolisée d’un patient dès proton-minou (quoique cela puisse vouloir dire).

Il est venu finalement et à l’odeur il n’a pas seulement pris un verre mais tout le service à champagne qui va avec.

Elle lui fait remarquer avec la subtilité qui la caractérise qu’elle a l’impression qu’il a bu.

« Z’avez bu. »

Le patient, bon prince reconnaît qu’il a bu.

« Mais c’est parce que j’avais plus de café. »

Parfois, le plus dur pour une droguéologue c’est de ne pas éclater de rire. Heureusement, pour elle Mémé n’est pas du genre qu’on déride facilement.

« Expliquez moi ça, j’ai peur de pas comprendre »

« Ben, j’avais plus de café, j’ai oublié d’en racheter, alors j’allais pas partir le ventre vide. J’avais que de la bière. »

Parfois le plus dur pour une droguéologue c’est de se retenir de crier «  Vous me prenez pour une grosse bille, ou quoi ? »

« Vous me prenez pour une grosse bille. »

Discworld-ankh-morpork-amoswolfe

Discworld-ankh-morpork-amoswolfe (Photo credit: Wikipedia)

1. Centre de Sorcellerie Addictive Potentielle d’Ankh-Morpork : créé devant l’afflux massif de nouveaux arrivants dans la belle cité d’Ankh-morpork, auxquels les anciens habitants, plus au fait des lois du capitalisme revendaient des produits aux noms aussi exotiques que la dalle, la drague ou même la bière de nain.

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